1790
La Révolution invente la question
Le 13 octobre 1790, l’Assemblée constituante crée une **Commission des monuments** chargée d’inventorier les biens du clergé et de la Couronne devenus nationaux. Pour la première fois, l’État se demande ce qu’il faut conserver — et au nom de quoi.
1794
Grégoire nomme le vandalisme
Dans une série de rapports à la Convention, l’abbé Grégoire forge le mot **vandalisme** pour désigner la destruction gratuite du patrimoine. « Les barbares et les esclaves détestent les sciences et détruisent les monuments des arts » : la formule fonde une doctrine républicaine de la conservation.
1795
Le musée des Monuments français
Alexandre Lenoir installe au couvent des Petits-Augustins les sculptures et tombeaux sauvés des démolitions. Sa muséographie chronologique, discutable dans ses restaurations, éduque une génération entière au sentiment du passé.
1830
Le premier inspecteur
Guizot obtient la création d’un poste d’**inspecteur général des monuments historiques**, confié à Ludovic Vitet. L’État se dote enfin d’un œil, à défaut de moyens.
1834
Mérimée sur les routes
Prosper Mérimée succède à Vitet et parcourt la France pendant dix-sept ans. Ses rapports de voyage, précis et souvent féroces, constituent le premier état des lieux du patrimoine national.
1837
La Commission des monuments historiques
Instituée pour instruire les demandes de secours et arbitrer les priorités, la Commission organise la doctrine française de la restauration. Elle existe toujours, sous d’autres noms.
1840
La première liste
La liste de 1840 recense **1 034 édifices** jugés dignes de l’attention de l’État. Le classement n’a encore aucun effet juridique contraignant : c’est une reconnaissance et une promesse de crédits.
1844
Notre-Dame, laboratoire d’une doctrine
Viollet-le-Duc et Lassus entreprennent la restauration de Notre-Dame de Paris. Le chantier fixe pour un siècle la manière française : restituer l’édifice « dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé », formule qui sera aussi son procès.
1887
La première loi
La loi du 30 mars 1887 donne enfin un régime juridique au classement : consentement du propriétaire, inaliénabilité, contrôle des travaux. Le patrimoine cesse d’être une faveur pour devenir un droit.
1906
Les sites naturels
La loi du 21 avril 1906 étend la protection aux **sites et monuments naturels** de caractère artistique. Le patrimoine n’est plus seulement bâti : il est aussi paysage.
1913
La loi fondatrice
La loi du 31 décembre 1913 institue le classement d’office, l’inscription à l’inventaire supplémentaire et la protection des objets mobiliers. Codifiée depuis, elle demeure la colonne vertébrale du droit français du patrimoine.
1914
Reims en flammes
Le bombardement de la cathédrale de Reims, le 19 septembre 1914, bouleverse l’opinion européenne. La destruction délibérée d’un monument devient un crime aux yeux du monde et nourrit tout le droit international ultérieur.
1930
La loi sur les sites
La loi du 2 mai 1930 réorganise la protection des monuments naturels et des sites : classement et inscription, sur le modèle des monuments historiques. Les grands paysages français entrent dans le droit.
1943
Les abords
La loi du 25 février 1943 crée le **périmètre de 500 mètres** autour des monuments protégés et soumet les travaux à l’avis de l’architecte des Bâtiments de France. On protège désormais l’écrin autant que le joyau.
1962
La loi Malraux
La loi du 4 août 1962 crée les **secteurs sauvegardés** : ce ne sont plus des monuments isolés que l’on protège, mais des quartiers entiers, avec leurs habitants et leurs usages. Le Marais, Sarlat, Uzès échappent à la rénovation-bulldozer.
1964
Venise et l’Inventaire
La charte de Venise fixe la doctrine internationale : intervention minimale, réversibilité, lisibilité des ajouts. La même année, André Malraux et André Chastel lancent l’**Inventaire général** des richesses artistiques de la France.
1972
Le patrimoine mondial
La convention de l’UNESCO du 16 novembre 1972 crée la Liste du patrimoine mondial. La France y compte aujourd’hui plus de cinquante biens, du Mont-Saint-Michel aux Climats de Bourgogne.
1980
L’Année du patrimoine
Placée sous le signe de « Un avenir pour notre passé », l’Année du patrimoine mobilise associations, communes et écoles. Elle installe durablement le mot **patrimoine** dans la langue courante.
1984
Les portes s’ouvrent
La première Journée portes ouvertes dans les monuments historiques, lancée par Jack Lang, attire un public inattendu. Européenne depuis 1991, elle rassemble aujourd’hui près de douze millions de visiteurs chaque année.
1996
La Fondation du patrimoine
La loi du 2 juillet 1996 crée la **Fondation du patrimoine**, chargée du patrimoine non protégé — celui des villages, des lavoirs, des granges et des chapelles, longtemps orphelin de l’État.
2004
La décentralisation
La loi du 13 août 2004 transfère des monuments de l’État aux collectivités volontaires et déconcentre l’instruction. Le patrimoine devient une compétence partagée, avec ses réussites et ses inégalités territoriales.
2016
Les sites patrimoniaux remarquables
La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine du 7 juillet 2016 fusionne secteurs sauvegardés, ZPPAUP et AVAP en un régime unique : le **site patrimonial remarquable**.
2018
Le Loto du patrimoine
Lancée avec Stéphane Bern, la mission Patrimoine en péril adosse au jeu une collecte nationale et met en lumière des centaines de sites modestes. Le patrimoine ordinaire retrouve un financement et un récit.
2019
Notre-Dame brûle
L’incendie du 15 avril 2019 saisit le monde entier. La loi du 29 juillet 2019 organise la souscription nationale et le chantier. En quelques jours, la France redécouvre que son patrimoine est mortel.
2024
Notre-Dame rouvre
Cinq ans après l’incendie, la cathédrale rouvre ses portes en décembre 2024. Le chantier a mobilisé des centaines d’artisans et remis au premier plan des métiers que l’on croyait résiduels.