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Le Patrimoine Français Association loi 1901

Xe – XIIe siècle

L’art roman

Après l’an mil, l’Occident se couvre, selon la formule de Raoul Glaber, d’un « blanc manteau d’églises ». En un siècle et demi, la France invente une manière de bâtir en pierre qui n’imite plus Rome mais la continue.

Ce qui définit le roman

L’architecture romane naît d’un problème technique : comment couvrir de pierre un vaisseau que l’on couvrait jusque-là de charpente, pour le protéger de l’incendie. La solution — la voûte — commande tout le reste.

Une voûte en berceau pousse latéralement. Il faut donc des murs épais, peu percés, épaulés de contreforts, et des bas-côtés qui contrebutent la nef. De là le caractère du roman : masse, pénombre, horizontalité, et cette sensation d’abri minéral que le gothique perdra en gagnant la lumière.

Le reconnaître en cinq signes

  1. L’arc en plein cintre, demi-cercle parfait, partout : portails, baies, arcades, arcatures aveugles.
  2. La voûte en berceau ou d’arêtes, parfois la coupole sur pendentifs dans le sud-ouest.
  3. Les murs épais et les baies étroites, souvent ébrasées vers l’intérieur pour diffuser la lumière.
  4. Le chapiteau historié : feuillages, monstres, scènes bibliques, parfois signés — le plus grand terrain de sculpture du Moyen Âge.
  5. Le chevet échelonné : absidioles, absides, clocher, dont les volumes s’étagent comme un massif.

Des romans plutôt qu’un roman

Il n’y a pas une architecture romane mais des écoles régionales, tenues par les matériaux disponibles et les circuits de commande.

En Bourgogne, Cluny impose la nef élevée et l’arc brisé précoce ; Vézelay et Autun en portent la sculpture au sommet. En Auvergne, le chevet à déambulatoire et le massif barlong donnent des silhouettes ramassées de pierre volcanique. En Poitou, la façade-écran se couvre d’une dentelle sculptée. Dans le Périgord, les files de coupoles évoquent l’Orient. En Normandie, la tour-lanterne et la façade harmonique à deux tours annoncent l’Angleterre normande. En Provence, la pierre antique est réemployée, les frontons et pilastres reviennent, l’art roman parle latin.

Une couleur perdue

Nous imaginons le roman gris. Il était peint : badigeons, faux appareils, litres, décors ocre et rouge, chapiteaux polychromes. Les décapages du XIX<sup>e</sup> siècle, en cherchant la « pierre honnête », ont effacé une part considérable de cette peinture murale. Les campagnes récentes en retrouvent régulièrement sous les enduits.

Quelques jalons

Saint-Philibert de Tournus, Sainte-Foy de Conques, Saint-Sernin de Toulouse, Sainte-Madeleine de Vézelay, Saint-Lazare d’Autun, Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, Saint-Étienne de Caen, Saint-Front de Périgueux, Le Thoronet. Mais l’essentiel du roman n’est pas dans ces noms : il est dans les dix mille églises de village qui en conservent une nef, un clocher, une abside.

Ce qui le menace

Le roman rural est aujourd’hui le patrimoine le plus exposé. Ces édifices sont petits, souvent dans des communes de moins de trois cents habitants, rarement protégés, et leur maçonnerie de moellons hourdée à la chaux supporte mal les réparations modernes.

Trois erreurs les tuent : l’enduit au ciment, qui emprisonne l’humidité dans un mur conçu pour respirer ; le décapage des enduits anciens, qui expose des moellons jamais destinés à être vus et détruit les décors peints ; le drainage périphérique en béton, qui remonte l’eau au lieu de l’évacuer.

La bonne pratique tient en peu de mots : chaux, réparation ponctuelle, entretien de la couverture, et surtout un regard tous les ans sur les chéneaux.

Voir aussi : le gothique, le glossaire, les protections.

Élévation schématique d’une travée de style art roman. Dessin original.

Passer à l’acte

Chaque pierre sauvée est une victoire sur l’oubli.

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