1930 – 1980
L’architecture moderne
Le patrimoine du XXe siècle est celui que nous détruisons aujourd’hui sans le voir, exactement comme le XIXe siècle démolissait le gothique. La question n’est pas de tout garder, mais de savoir choisir avant qu’il ne soit trop tard.
Une rupture assumée
Le mouvement moderne pose cinq principes que Le Corbusier formule en 1927 : pilotis, plan libre, façade libre, fenêtre en bandeau, toit-terrasse. Le béton armé rend tout cela possible en dissociant la structure de l’enveloppe.
Ce qui suit est massif : la Reconstruction d’après 1945, les grands ensembles, les villes nouvelles, les équipements scolaires et sportifs, les églises du renouveau liturgique, les ouvrages d’art. En quarante ans, la France construit davantage de mètres carrés qu’en mille ans d’histoire.
Le reconnaître en cinq signes
- Le poteau-poutre apparent, libérant les façades de tout rôle porteur.
- La fenêtre en bandeau horizontale, ou au contraire le pan de verre continu.
- Le toit-terrasse et l’absence de couronnement traditionnel.
- Le béton exprimé : brut de décoffrage, bouchardé, lavé, ou trame préfabriquée.
- La trame : la répétition régulière d’un module structurel, lisible en façade.
Ce qui mérite d’être gardé
Tout ne se vaut pas — et c’est vrai de toutes les époques. Les critères sont les mêmes qu’ailleurs : rareté, qualité de conception, intégrité, valeur d’usage, signification historique.
Quelques ensembles font consensus : Le Havre reconstruit par Auguste Perret, la Cité radieuse de Marseille, la chapelle de Ronchamp, le couvent de La Tourette, la villa Savoye, la villa Cavrois de Mallet-Stevens, l’unité de Firminy, les églises de Novarina et de Le Corbusier, les grands ouvrages d’ingénieurs. Le label Architecture contemporaine remarquable, créé en 2016, permet de distinguer les édifices de moins de cent ans sans les soumettre au régime des monuments historiques.
Le béton n’est pas éternel
Un béton armé des années 1950 est un matériau composite dont l’acier se corrode dès que la carbonatation atteint son enrobage. Le traiter comme de la pierre est une erreur : sa conservation exige des diagnostics spécifiques, des mortiers de réparation compatibles et parfois une protection cathodique. C’est le grand chantier patrimonial des trente prochaines années.
Ce qui le menace
La démolition-reconstruction au nom de la performance énergétique, alors que le bilan carbone d’une démolition est presque toujours défavorable. La réhabilitation lourde qui remplace menuiseries, garde-corps et revêtements par des produits standard et efface le dessin. Enfin l’absence de reconnaissance : un bâtiment que personne n’aime ne trouve personne pour le défendre.
Voir aussi : l’Art déco, le patrimoine industriel.
Passer à l’acte
Chaque pierre sauvée est une victoire sur l’oubli.
Votre don finance des diagnostics, des échafaudages, des relevés, des heures d’artisan. Il devient de la matière, du savoir-faire, du temps gagné sur la ruine.
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