1919 – 1939
L’Art déco
Après la ligne courbe, l’angle. L’Art déco règle l’ornement, le géométrise, l’ordonne — et donne aux villes reconstruites, aux cinémas, aux piscines et aux paquebots leur silhouette caractéristique.
Le style d’une décennie triomphante
L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, à Paris en 1925, donne son nom au style, longtemps après coup. Le mouvement traduit une époque : sortie de guerre, machinisme, vitesse, paquebots, cinéma.
Techniquement, il repose sur le béton armé, qui libère la façade des contraintes porteuses, et sur un artisanat de très haut niveau — ferronnerie de Brandt, verre de Lalique, laques, mosaïques, marqueteries de pierre.
Le reconnaître en cinq signes
- La géométrie : chevrons, zigzags, gradins, cercles, éventails, motifs répétés avec régularité.
- Les volumes en gradins, inspirés des gratte-ciel américains, et les angles arrondis « paquebot ».
- Le bow-window et les grandes baies verticales soulignées de meneaux de béton.
- La ferronnerie stylisée — portes, grilles, ascenseurs, garde-corps.
- Les matériaux affichés : mosaïque de pâte de verre, grès cérame, marbre, verre moulé.
Où le voir
Les villes reconstruites après 1918 — Reims, Amiens, Saint-Quentin, Lens, Arras — offrent des ensembles Art déco d’une cohérence rare. Ailleurs : le Palais de Tokyo, le théâtre des Champs-Élysées (dès 1913), la piscine Molitor et les Bains de la Butte-aux-Cailles, les cinémas Grand Rex et Louxor, la basilique du Sacré-Cœur de Casablanca et l’architecture coloniale, l’église Saint-Louis de Villemomble, les villas de la côte basque et normande.
Reconstruction, un patrimoine encore mal aimé
Les villes rebâties après les deux guerres portent un patrimoine cohérent, daté et de qualité, encore souvent perçu comme banal. Le Havre d’Auguste Perret, inscrit au patrimoine mondial en 2005, a montré qu’un regard pouvait changer. Il reste des dizaines de centres-villes dans la même situation, sans reconnaissance.
Ce qui le menace
Le béton armé des années 1920-1930 arrive à échéance : la carbonatation atteint les aciers, qui gonflent et font éclater le parement. Sa restauration est une science récente, coûteuse, et souvent traitée par des réparations de fortune qui aggravent le mal.
S’y ajoutent la perte des décors intérieurs lors des reconversions, notamment dans les cinémas et les bains, et la fragilité des verres et mosaïques, irremplaçables lorsqu’ils sont brisés.
Voir aussi : l’architecture moderne, l’Art nouveau.
Passer à l’acte
Chaque pierre sauvée est une victoire sur l’oubli.
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