1893 – 1914
L’Art nouveau
L’Art nouveau a duré à peine une génération. Il a suffi à produire quelques-uns des plus beaux intérieurs français, et à laisser dans nos villes des façades que l’on reconnaît au premier coup d’œil.
Une ligne contre l’angle droit
L’Art nouveau naît d’un refus : celui du pastiche historique. Ses architectes veulent un style de leur temps, tiré non des livres mais de la nature — tiges, bourgeons, ombelles, insectes, mouvements de l’eau.
Le principe est l’unité : le même artiste dessine la façade, la rampe, le papier peint, la poignée, la lampe, le meuble. L’œuvre d’art totale n’est pas un slogan, c’est un cahier des charges.
Le reconnaître en cinq signes
- Le coup de fouet : cette courbe en S, asymétrique et tendue, qui parcourt ferronneries, menuiseries et décors.
- Le fer forgé ouvragé — balcons, marquises, rampes, entrées de métro.
- La céramique et le grès flammé en façade, souvent signés Bigot ou Gentil & Bourdet.
- Le vitrail domestique, dans les cages d’escalier et les vérandas.
- La baie libre, débarrassée de l’axe de symétrie, épousant la distribution intérieure.
Deux foyers, deux tempéraments
Paris avec Hector Guimard : le Castel Béranger, l’hôtel Mezzara, les édicules du métropolitain — une ligne abstraite, presque organique, sans citation florale directe. Nancy avec l’école éponyme : Émile Gallé, Louis Majorelle, Eugène Vallin, les frères Daum — une inspiration végétale explicite, portée par une industrie du verre et du meuble de haut niveau.
Ailleurs, la Belgique de Horta, l’Espagne de Gaudí, l’Autriche de la Sécession forment un mouvement européen dont la France est l’un des pôles.
Un patrimoine dispersé
La valeur de l’Art nouveau réside souvent dans ses éléments démontables : rampes, vitraux, luminaires, boiseries, mobilier. Ce sont eux qui partent en premier, au gré des ventes et des travaux. Une façade Art nouveau vidée de son intérieur n’a conservé que la moitié de son intérêt.
Ce qui le menace
La méconnaissance juridique : beaucoup d’immeubles Art nouveau ne sont pas protégés, ou seulement pour leur façade — ce qui laisse les intérieurs sans défense.
La corrosion des ferronneries, mal entretenues, et leur remplacement par des garde-corps normalisés. Enfin la disparition des savoir-faire : le grès flammé, le vitrail américain, la marqueterie de bois indigènes exigent des ateliers rares, qu’il faut soutenir pour espérer restaurer.
Voir aussi : l’Art déco, les métiers d’art.
Passer à l’acte
Chaque pierre sauvée est une victoire sur l’oubli.
Votre don finance des diagnostics, des échafaudages, des relevés, des heures d’artisan. Il devient de la matière, du savoir-faire, du temps gagné sur la ruine.
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