1840 – 1900
L’éclectisme et le XIXe siècle
Le XIXe siècle est le plus grand bâtisseur de l’histoire de France. Il a aussi restauré — parfois réinventé — la moitié de nos monuments médiévaux. Notre paysage urbain est, pour l’essentiel, son œuvre.
Choisir son passé
L’éclectisme n’est pas une absence de style : c’est un principe. À chaque programme, son langage. Le néo-gothique convient aux églises, le néo-Renaissance aux hôtels de ville, le néo-classique aux banques et aux tribunaux, le néo-mauresque aux casinos, le néo-roman aux basiliques de pèlerinage.
Ce siècle invente aussi des programmes entièrement neufs — la gare, le grand magasin, le marché couvert, l’usine, la station balnéaire — et pour eux, il forge un langage nouveau : la fonte, le fer et le verre.
Le reconnaître en cinq signes
- La citation historique assumée, souvent savante, parfois mêlée sur un même édifice.
- La structure métallique apparente ou dissimulée : colonnes de fonte, fermes rivetées, verrières.
- La façade haussmannienne : pierre de taille, balcons filants aux deuxième et cinquième étages, comble à la Mansart, alignement réglé.
- La brique polychrome et les décors de céramique, notamment dans le Nord et l’Est.
- La villégiature : villas balnéaires, chalets, stations thermales, avec bow-windows, bois découpés et toitures pittoresques.
Restaurer ou réinventer
Le siècle est aussi celui de Viollet-le-Duc, dont l’influence est immense et l’héritage discuté. Sa doctrine — restituer un état « complet » de l’édifice, quitte à le compléter par déduction — a sauvé Vézelay, Pierrefonds, Carcassonne, la cité de Notre-Dame, mais elle a aussi effacé des états historiques réels au profit d’une cohérence idéale.
La doctrine actuelle a tranché en faveur du respect des états successifs. Cela ne dispense pas de considérer les restaurations du XIX<sup>e</sup> siècle comme des documents historiques à part entière : elles ont plus de cent cinquante ans et font désormais partie de l’édifice.
Le péril du patrimoine industriel
Usines, filatures, brasseries, ateliers, corons, chevalements : ce patrimoine, souvent immense, disparaît plus vite que tout autre. Sa réutilisation est pourtant possible et souvent brillante — friches culturelles, logements, universités. Le facteur décisif est le temps : une usine abandonnée cinq ans se restaure, abandonnée vingt ans elle se démolit.
Ce qui le menace
La pression foncière d’abord : ces bâtiments occupent souvent des terrains centraux convoités. La méconnaissance ensuite : beaucoup ne sont pas protégés et leur intérêt n’est reconnu qu’après la démolition. Enfin la rénovation énergétique mal conduite, qui remplace les menuiseries, supprime les balcons en fonte et enveloppe les façades.
Voir aussi : l’Art nouveau, le patrimoine industriel.
Passer à l’acte
Chaque pierre sauvée est une victoire sur l’oubli.
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