1620 – 1760
Baroque et rocaille
La France a longtemps prétendu résister au baroque. Elle l’a en réalité pratiqué à sa manière — plus contenue à Paris, franchement exubérante en Savoie, en Provence, en Alsace et dans les églises des ordres réformés.
Une architecture de la persuasion
Le baroque naît de la Contre-Réforme. Il s’agit de convaincre par les sens : mouvement des façades, effets de lumière, marbres, dorures, statues en gloire, ciels peints en trompe-l’œil.
En France, le mouvement est filtré par la doctrine classique. Le baroque s’y loge dans les intérieurs plutôt que dans les plans, dans le mobilier plutôt que dans la structure — d’où l’importance considérable, chez nous, des retables monumentaux, qui sont les véritables chefs-d’œuvre baroques français.
Le reconnaître en cinq signes
- La façade à deux niveaux reliés par des volutes, héritée du Gesù romain, adoptée par les jésuites et les ordres réformés.
- La colonne torse et les entablements brisés ou courbes.
- Le retable architecturé occupant tout le chevet, en bois doré ou en marbre.
- Le stuc, le marbre feint, les gloires rayonnantes, les angelots.
- Le décor rocaille (vers 1730-1760) : asymétrie assumée, coquilles, cartouches, rocailles déchiquetées, courbes qui refusent de se répéter.
Où le trouver
Les églises jésuites (Saint-Paul-Saint-Louis à Paris, la chapelle de la Trinité à Lyon), les grands retables lavallois et bretons, le baroque savoyard des vallées de Tarentaise et de Maurienne — Saint-Nicolas-de-Véroce, Cordon, Peisey — d’une richesse stupéfiante pour des paroisses de montagne, le baroque niçois et provençal, l’intérieur des abbatiales du Nord et de l’Est.
Un patrimoine mobilier avant tout
Le baroque français se conserve d’abord dans le mobilier : retables, boiseries, chaires, orgues, statues polychromes. Ces biens relèvent de la protection au titre des objets mobiliers, distincte de celle des immeubles. Beaucoup ne sont ni inventoriés ni protégés — et disparaissent sans que personne ne s’en aperçoive.
Ce qui le menace
Les bois dorés craignent avant tout les variations d’humidité et de température : un chauffage installé sans précaution dans une église froide provoque en une saison des soulèvements de couche picturale irréversibles.
Viennent ensuite les insectes xylophages, les infiltrations, et le vol — le marché de l’art ancien absorbe sans difficulté une statue non inventoriée. La photographie systématique du mobilier, son inventaire et son marquage sont des mesures simples, peu coûteuses et remarquablement efficaces.
Voir aussi : les métiers d’art, le patrimoine en péril.
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