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Le Patrimoine Français Association loi 1901

1600 – 1715

Le classicisme français

Le classicisme français n’est pas un style parmi d’autres : c’est une doctrine d’État. Il fixe une manière de bâtir qui régira les édifices publics français pendant trois siècles, jusqu’aux mairies de la IIIe République.

Une architecture de la règle

Au XVII<sup>e</sup> siècle, l’architecture devient affaire de doctrine. L’Académie royale d’architecture, fondée en 1671, enseigne des règles : hiérarchie des ordres, proportions, convenance — le fait qu’un bâtiment doit exprimer sa fonction et le rang de son commanditaire.

De cette discipline naît une manière reconnaissable entre toutes : façades ordonnancées, avant-corps central couronné d’un fronton, refends au rez-de-chaussée, toitures à la Mansart, jardins réguliers dans l’axe. C’est l’architecture du pouvoir, mais c’est aussi celle des couvents, des hôpitaux, des collèges et des hôtels de ville.

Le reconnaître en cinq signes

  1. La composition tripartite : soubassement, étage noble, comble — avec un avant-corps central plus élevé.
  2. L’ordre colossal ou superposé, en pilastres ou colonnes engagées.
  3. Le fronton triangulaire ou courbe couronnant l’avant-corps.
  4. Le comble brisé dit « à la Mansart », qui gagne un étage habitable sous le toit.
  5. La symétrie absolue, y compris par des fausses fenêtres peintes quand la distribution intérieure ne suit pas.

Les grands noms

Salomon de Brosse (Luxembourg), François Mansart (Maisons, Val-de-Grâce), Louis Le Vau (Vaux-le-Vicomte), Claude Perrault (colonnade du Louvre), Jules Hardouin-Mansart (Versailles, Invalides, place Vendôme), André Le Nôtre pour les jardins. Vauban, enfin, applique le même esprit de mesure aux places fortes, dont douze sont aujourd’hui inscrites au patrimoine mondial.

Le classicisme ordinaire

On réduit souvent le XVII<sup>e</sup> siècle à Versailles. L’essentiel de son héritage est ailleurs : dans les milliers d’hôtels particuliers, de presbytères, de fermes seigneuriales, de couvents transformés en écoles ou en gendarmeries. Ce patrimoine ordinaire est le plus menacé, parce qu’il n’a jamais paru assez prestigieux pour être protégé.

Ce qui le menace

Deux menaces dominent. La première est la réaffectation brutale : ces bâtiments, vastes et bien construits, sont recyclés en logements ou en bureaux, ce qui est excellent — à condition que le percement des façades, la suppression des refends et le doublage intérieur ne détruisent pas la composition.

La seconde est le remplacement des menuiseries. Une façade classique repose sur le rapport entre les vides et les pleins, et sur la finesse des petits bois. Des fenêtres PVC à profils épais, sans division, suffisent à la rendre méconnaissable. Il existe aujourd’hui des solutions performantes qui respectent le dessin d’origine : elles coûtent un peu plus cher et conservent la valeur du bien.

Voir aussi : le néoclassicisme, les protections.

Élévation schématique d’une travée de style classicisme français. Dessin original.

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