1380 – 1550
Le gothique flamboyant
On a longtemps décrit le flamboyant comme une décadence — un gothique qui, faute d’idées neuves, se serait mis à faire des courbes. C’est un contresens : cette période invente autant qu’elle orne, et elle a couvert la France de ses chefs-d’œuvre.
Une architecture d’après-guerre
Le flamboyant s’épanouit à la sortie de la guerre de Cent Ans, dans un pays qui reconstruit. Beaucoup de nos églises paroissiales portent la date de cette période : le XV<sup>e</sup> siècle finissant et le premier XVI<sup>e</sup> sont, en nombre d’édifices élevés, l’un des sommets de l’histoire du bâti français.
C’est aussi une architecture de commande urbaine et bourgeoise. Les riches marchands, les corporations, les chapitres financent des chapelles latérales, des porches, des jubés, des flèches. La virtuosité y est un signe extérieur de prospérité retrouvée.
Le reconnaître en cinq signes
- Le remplage flamboyant : soufflets (formes en amande) et mouchettes (formes en larme) composés de courbes contrariées, dessinant des flammes.
- L’arc en accolade, à double courbure, couronnant portes et niches.
- Les voûtes à liernes et tiercerons, où les nervures se multiplient en étoiles, parfois complétées de clés pendantes.
- La disparition du chapiteau : les nervures descendent en pénétration directe dans la pile.
- Le décor naturaliste : choux frisés, crochets, feuilles de vigne et de chardon.
Chefs-d’œuvre
Saint-Maclou de Rouen et son porche en éventail, la tour de Beurre de la cathédrale de Rouen, l’église du Brou à Bourg-en-Bresse, Notre-Dame de l’Épine, Saint-Riquier, la Sainte-Chapelle de Vincennes, le palais de justice de Rouen, l’hôtel de Cluny et l’hôtel Jacques-Cœur à Bourges pour l’architecture civile, les enclos paroissiaux bretons pour la version rurale et populaire.
Le flamboyant, dernier gothique et premier moderne
Contrairement à une idée reçue, le flamboyant ne s’arrête pas avec l’arrivée de la Renaissance : les deux langages cohabitent pendant deux générations. Des édifices entiers portent une structure flamboyante et un décor à l’italienne — Saint-Eustache à Paris en est l’exemple le plus spectaculaire.
Ce qui le menace
La finesse du décor flamboyant est son talon d’Achille. Les dentelles de pierre, très exposées, perdent leurs modénatures en quelques décennies lorsque les eaux ne sont plus correctement rejetées.
L’autre menace est le mobilier. Cette période a produit une extraordinaire quantité de retables, stalles, clôtures, statues polychromes — biens meubles, donc plus faciles à vendre, à déplacer, à voler. La protection au titre des objets mobiliers, souvent négligée dans les petites communes, est ici un enjeu majeur : un inventaire à jour et un récolement régulier valent toutes les serrures.
Voir aussi : la Renaissance, les protections.
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